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Paris réorganise sa présence en Afrique

Konstanze von Kotze25 juillet 2014

Parmi les thèmes africains traités par la presse allemande cette semaine : la tournée de François Hollande sur le continent, les crimes rituels, les enfants du génocide rwandais et la protection des éléphants.

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Un pilote français s'apprête à décoller de N’Djamena pour s'envoler vers le Mali
Un pilote français s'apprête à décoller de N’Djamena pour s'envoler vers le MaliImage : REUTERS/ECPAD/Adj. Nicolas Richard/Handout

La presse revient tout d'abord sur la tournée africaine du président français François Hollande - tournée qui l'a emmené en Côte d'Ivoire, au Niger et au Tchad et qui s'est achevée samedi dernier. Pour la Berliner Zeitung cette tournée a avant tout permis au président français d'annoncer une restructuration complète de la présence militaire française sur le continent. L'opération "Barkhane" doit s'étendre sur cinq pays : la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad et son objectif sera de lutter contre les groupes terroristes actifs dans la région. Le journal remarque au passage qu'on ne sait rien des concertations entre Paris et les gouvernements africains. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s'est seulement borné à déclarer que tous les pays approuvaient, voire souhaitaient l'opération.

Le journal de gauche Neues Deutschland s'attarde lui en particulier sur la visite de François Hollande au Niger. Intitulé "Hollande en mission néocoloniale", le quotidien rappelle qu'en guise de cadeau de bienvenue, on a offert au chef de l'État quelques arrestations. Des Nigériens un peu trop critiques de la politique française dans la région ont été interpellés, la veille de son arrivée, de manière préventive. Selon le journal, le renforcement de la présence militaire française devrait par ailleurs stimuler les djihadistes et autres groupes armés qui cherchent à légitimer leur combat par la confrontation avec l'ancienne puissance coloniale.

"Pièces détachées"

Dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, les crimes rituels sont encore monnaie courante
Dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, les crimes rituels sont encore monnaie couranteImage : Kriesch/Scholz/DW

La Neue Zürcher Zeitung publie un reportage depuis Libreville, la capitale du Gabon, au sujet des crimes rituels dont sont victimes notamment les enfants. Un reportage qui explique tout d'abord ce qu'est un crime rituel. Dans la médecine traditionnelle africaine, les gris-gris jouent un rôle important, explique le quotidien. Ces amulettes censées porter bonheur et conjurer le mauvais sort sont fabriquées à partir de substances végétales ou animales. Plus la requête est importante, plus les sacrifices doivent être lourds. Pour guérir un rhume tenace, il suffira probablement de sacrifier un poulet. Lorsqu'il s'agit de la création d'une entreprise ou d'un mariage, il faudra sans doute un mouton ou peut-être même un bœuf. En revanche, lorsque quelqu'un veut devenir ministre, certains diront qu'il faut carrément sacrifier un enfant : lui retirer les organes auxquels on attribue le plus de pouvoirs magiques : la langue, les yeux, les parties génitales. Au Gabon, on appelle cela les "pièces détachées".

Un sujet longtemps resté tabou. Ethnologues et journalistes évitaient d'aborder le thème pour ne passer pour quelqu'un qui sert les préjugés coloniaux ou racistes et qui réduit les Africains à des sauvages, des cannibales ou des sorciers. Aujourd'hui cependant, les rapports sur les crimes rituels en Afrique du Sud, au Nigeria, en RDC ou en Tanzanie se multiplient. Au Gabon, l'Association de lutte contre les crimes rituels a même réussi à inscrire le sujet sur l'agenda politique et se bat pour valoriser la vie humaine.

"Les enfants du génocide"

Une ONG britannique basée au Rwanda estime à 20.000 le nombre d'enfants conçus lors de viols commis pendant le génocide
Une ONG britannique basée au Rwanda estime à 20.000 le nombre d'enfants conçus lors de viols commis pendant le génocideImage : DW/A. Le Touzé

Le quotidien der Freitag se penche sur le sort des "enfants du génocide" au Rwanda. En 1994, environ 500.000 femmes ont été violées dans ce pays. Parmi elles, Levine. La jeune femme raconte que les chefs des milices hutus extrémistes récompensaient leurs meilleurs éléments en leur offrant des femmes tutsis. Violée, Levine tombe enceinte et donne naissance à une petite Josiane qui est donc aussi la fille de celui qui a tué toute sa famille. Un exemple parmi tant d'autres, aux conséquences dramatiques même si dans ce cas précis, Levine et Josiane ont finalement réussi à trouver un moyen de se supporter.

Si le viol est une arme de guerre connue, le Rwanda reste un cas à part, précise le journal. Le tribunal international qui a jugé les crimes commis en 1994 a d'ailleurs considéré que les violences sexuelles faisaient partie intégrante du génocide. Pour la thérapeute Marie Josée Ukeye interrogé par der Freitag, le viol constitue un crime sans commune mesure. Il touche la personne dans son ensemble : il blesse l'âme, défigure le corps et stigmatise la victime dans son essence sociale.

Expulsions douteuses

Dans la Süddeutsche Zeitung, il est question de centaines de milliers de personnes expulsées du Congo-Brazzaville vers la République démocratique du Congo. Selon les chiffres officiels, ils sont plus de 170.000 à avoir été déportés par le gouvernement congolais de l'autre côté du fleuve qui sépare deux pays portant quasiment le même nom - à moins qu'ils n'aient eux-mêmes pris la fuite, de peur de se faire expulser. Comme souvent, cette campagne a des motifs politiques et reflète l'état des relations entre Brazzaville et Kinshasa, commente la Süddeutsche. Si la RDC a pendant longtemps minimisé la gifle de son voisin, elle a fini par réagir en mai dernier en rappelant l'existence de normes internationales et régionales dans ce domaine. Cela n'a pas eu l'air d'impressionner beaucoup le président Sassou Nguesso : Kinshasa enregistre chaque jour de nouvelles arrivées, y compris de gens qui vivent depuis des années au Congo.

Éléphants et rhinocéros en danger

40.000 éléphants sont tués chaque année par les braconniers
40.000 éléphants sont tués chaque année par les braconniersImage : Tony Karumba/AFP/Getty Images

Dans le magazine "Hörzu", il est question de la "mafia des éléphants" qui s'enrichit grâce à l'or blanc, autrement dit l'ivoire. À de très rares exceptions près, le commerce d'ivoire est interdit dans le monde mais la législation particulièrement sévère dans ce domaine a un effet pervers : les bénéfices engrangés par les braconniers et les contrebandiers n'ont jamais été aussi élevés, selon le journal. Dans de nombreux pays d'Asie, les gens sont prêts à dépenser des sommes astronomiques pour des œuvres d'art ou des pochettes d'iPhone. En Europe non plus, la protection des éléphants n'est pas forcément une priorité : même le Vatican possède son propre atelier de sculpture d'ivoire. Côté chiffres, on estimait, en 2012, que le nombre d'éléphants vivant sur le continent oscillait entre 420.000 et 660.000. Il y a environ 30 ans, il y en avait encore plus d'un million. Pour obtenir l'ivoire, les braconniers tuent en masse les éléphants et comme ces derniers ne se reproduisent que très, très lentement, ils sont menacés de disparition.

Idem pour les rhinocéros qui font l'objet d'un article dans la revue scientifique "Bild der Wissenschaft". L'article se penche en particulier sur le cas de l'Afrique du Sud où le trafic des cornes de rhinocéros est florissant. Dans la médecine chinoise et vietnamienne, elles sont considérées comme un moyen d'améliorer la libido, de lutter contre le cancer ou les effets indésirables d'une surconsommation d'alcool. Et là aussi, les sommes dépensées sont énormes, affirme le magazine. Des vétérinaires ont certes réussi à développer un produit pour lutter contre la contrebande mais le procédé est encore fastidieux et onéreux. Il est pourtant urgent de trouver une solution car tant que les cornes se vendront au prix d'un appartement, la cupidité des trafiquants ne connaîtra probablement pas de limites.